12 sep
2003
Films / Exposition / Conférences

Valie Export

Exposition VALIE EXPORT

Exposition présentée au Centre national de la photographie du 12 septembre au 21 décembre 2003

Vernissage au Cnp le jeudi 11 septembre 2003 de 18h à 21h Coproduction avec le Camden Arts Center, Londres, le Centro Andaluz Contemporáneo, Séville et le Mamco, Musée d'art moderne et contemporain, Genève.

Avec le soutien du Département des Arts, Chancellerie Fédérale, Autriche et le concours du forum culturel autrichien. Avec la participation de la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques.

Commissaire : Caroline Bourgeois

Cette exposition rassemble photographies, installations, vidéos, dessins, archives.

VALIE EXPORT - nom que l'artiste s'est donné - produit depuis plus de 30 ans une œuvre conceptuelle, féministe et politique de grande ampleur qui pose, parfois de façon brutale, des questions sur l'identité, le sexe, le corps comme mode d'expression, le langage et les mots. Ce travail se présente comme un corpus expérimental, à la fois formel et théorique, mêlant à des dispositifs vidéo sophistiqués, des dessins, des photographies numériques, des installations - avec objets et éléments matérialisant l'image tels que des projecteurs, des miroirs ou surfaces réfléchissantes, des pellicules cinématographiques - des œuvres interactives, des documents d'archives.

À ses débuts, l'artiste a travaillé, de façon indépendante, au côté des actionnistes viennois, créant des passerelles entre les genres et les disciplines artistiques, organisant des happenings, ouvrant la voie à beaucoup d'artistes actuels.

Les principaux thèmes de son œuvre sont abordés dans cette exposition : . les questions d'identité (les cigarettes VALIE EXPORT, les affiches Genital Panic, …), . les performances (vidéos et photographies), . la réflexion sur l'image en mouvement (Expanded Movie avec TOUCH CINEMA, Abstract Film, …), . le travail dans la rue: Body Configurations, . les premières photographies conceptuelles, avec une réflexion sur l'image et le temps, . le travail vidéo (Syntagma, Remote…Remote…), . les propositions interactives (Split Reality), . les dessins, moins connus, et les images digitales.

VALIE EXPORT vit entre Vienne et Cologne.

L'exposition VALIE EXPORT est accompagnée d'un catalogue (Éditions de l'Œil, Paris)

Notes sur quelques-unes des œuvres exposées :

Body Configurations / Body Performances « Dans mes représentations des positions du corps humain, les éléments géométriques, comme la perspective et les proportions, jouent un rôle important. L'image se construit autour d'un corps et du monde qui l'environne - les objets, les autres corps, l'espace. » Ces Body Configurations prennent leur pleine signification dans le contexte où l'artiste a situé le corps - contexte physique, social et culturel. Cependant ces images du corps ne sont pas toujours chargées de messages : elles peuvent simplement mettre en évidence la condition du corps photographié ; c'est le cas, par exemple, des images montrant un corps qui ploie et se plie sous l'effet de la douleur physique. Expanded Cinema Expanded Cinema est un concept défini par l'artiste au milieu des années 1960 pour s'opposer à la production dominante de films conventionnels et commerciaux. Dans une démarche artistique expérimentale, VALIE EXPORT propose une nouvelle approche du tournage dont elle « fait l'action », et du montage de séquences filmées disséquées, mises à plat, recollées, remaniées, associant diverses techniques (installations, projections multiples, performances …), abolissant par là-même les valeurs esthétiques traditionnelles et tentant d'instaurer de nouvelles formes de communication fondées non seulement sur les perceptions sonores et visuelles, mais aussi, parfois, sur des échanges tactiles (cf. TOUCH CINEMA). TOUCH CINEMA Performance filmée. L'artiste déambule dans les rues, le buste dans une caisse. A ses côtés, son acolyte Peter Weibel, déguisé en proxénète et muni d'un mégaphone, invite les passants à s'approcher. L'artiste garde un visage distant et indifférent lorsque les hommes glissent les mains dans une ouverture de la boîte, pour toucher ses seins. « Tant que le citoyen se satisfait d'un semblant de liberté sexuelle, l'état fait l'économie d'une véritable révolution sexuelle. » Après les performances avec Peter Weibel à Münich et à Vienne, l'artiste reprendra le jeu à Cologne avec, cette fois, la complicité d'une femme. Le public, les prenant pour des prostituées, aura alors des comportements agressifs. From the Portfolio Of Doggedness, 1968 Performance filmée et photographiée. VALIE EXPORT promène Peter Weibel à quatre pattes, une laisse autour du cou, comme un chien, dans les rues de Vienne. Cette scène a pour but de provoquer le malaise et la confusion des passants. Ici, l'artiste ébranle les comportements généralement admis et transmis par la société, faisant de l'homme un animal, transformant la relation homme/femme en relation animal/être humain. « Le sadomasochisme est à l'évidence évoqué par cette situation ». Body Politics, 1974 Selon VALIE EXPORT, le système social est l'ennemi naturel de l'individu, du corps humain. En effet, la société impose au corps, médium doté de caractères singuliers et de besoins spécifiques, l'appartenance à un genre, une classe sociale, un territoire, une tribu. Selon l'artiste, par cette « socialisation » des individus, la société déforme la conscience que chacun peut avoir de son corps et aseptise les esprits. Dans cette œuvre, comme dans d'autres œuvres cinématographiques de VALIE EXPORT, la mise en scène du corps est l'expression de ces réflexions. A Perfect Couple, or Indecency sheds its Skin, 1986 Film. « Si autrefois la Moralité était définie par la religion qui condamnait la nudité, aujourd'hui la Moralité a trouvé son nouveau maître dans l'économie. Ainsi, la publicité exaltant la peau nue des athlètes est une nouvelle forme de l'indécence. C'est cela la forme suprême de l'indécence. » Human Women, 1979 Le film décrit la relation de Franz, journaliste, avec quatre femmes, à un moment donné. Entrelacs et enchevêtrements des rapports homme-femme et besoin d'échapper à des comportements pré-déterminés. The Practice of Love, 1984 Film. Une femme, deux hommes. Depuis un certain temps, Judith, journaliste, a une liaison avec le Dr Josef Fischoff, psychiatre. L'autre homme de sa vie est le Dr Alfons Schlögel, industriel, la quarantaine, marié. Dans sa vie, elle collectionne des fragments de rêve, des désirs. Ses réalités à elle. Action Pants : Genital Panic, 1969 Dans ces affiches, un pantalon découpé dévoile un sexe de femme : l'artiste met en évidence un symbole, un tabou qui, pour elle, se situe au cœur du problème de l'émancipation des femmes. Body Sign Action, 1970 Les tatouages sur le corps sont les signes d'une relation entre rituels et civilisation. Ici, le dessin de la jarretelle serait la trace d'un objet fétiche disparu, une libération - le vêtement et ses accessoires apparaissant comme une forme de répression de la sexualité. Ce dessin de la jarretelle est aussi le symbole de la féminité dans le discours machiste. I beat it, Installation, 1980 L'image d'un corps de femme nue, sans identité, sorte de pantin désarticulé, flotte à la surface d'une vasque remplie d'un liquide visqueux, évoquant la matière à la fois onctueuse et glissante des lubrifiants, représentant ici la douceur de la vague ondoyante et le danger, accentué par la présence des loups montrant les crocs sur l'écran des moniteurs installés au bord de la vasque. Remote… Remote…, 1973 Film 16 mm. Le comportement humain, nous dit l'artiste, est influencé par les évènements passés. De cette histoire résultent la crainte, le sentiment de culpabilité, le manque d'assurance … Ces angoisses s'inscrivent pour toujours dans la chair. Pour mettre au jour ce qu'elle a à l'intérieur, l'artiste se mutile, se lacère (ici en entaillant jusqu'au sang le bout de ses doigts). Langage de la souffrance, perceptible jusque dans les yeux des enfants. Hyperbulia, 1973 Photos et vidéo. Dans un couloir, des fils électriques reliés à une batterie. Un homme s'avance au milieu des fils, ne pouvant éviter les douleurs des décharges électriques qui le mettent à terre. Il se relève et décide d'accepter le défi. De façon quasi pathologique, plusieurs fois il se jette la tête la première contre les fils. Cette performance (photographies et vidéo) symbolise les barrières douloureuses que la société dresse pour réprimer l'énergie des êtres. Split Screen-Solipsismus, 1968 Cette installation présente la duplication de l'image projetée d'un boxeur, grâce à l'effet de miroir d'une feuille d 'aluminium. L'homme frappe une balle, au bord de l'écran, mais le miroir donne l'illusion que le boxeur a engagé un combat contre lui-même. Série Adjunct Dislocations, 1973 VALIE EXPORT installe un dispositif dans lequel son propre corps est inséré entre deux caméras 8mm, l'une sur le buste, l'autre sur le dos. Lorsque les caméras tournent, selon la position de l'artiste, l'une filme le ciel, l'autre le sol, ou bien l'une filme ce qui se trouve devant elle, l'autre le paysage derrière elle. L'artiste change sans cesse de position et filme différents lieux : une chambre, la maison, la rue, un square… sans que l'on ne voie jamais son corps. Split Reality, 1970 Dans une salle, un moniteur TV et un tourne-disque. Le disque tourne, mais le son a été coupé. Sur l'écran, l'artiste a des écouteurs sur les oreilles : elle improvise une performance inspirée par la bande son qu'elle seule entend.

Notes biographiques

VALIE EXPORT est née en 1940 en Autriche.

Elle étudie l'art du textile à Linz et prend très tôt ses premières photographies, des autoportraits qu'elle intitule Métamorphoses de l'identité.

En 1965-1966 elle travaille dans le cinéma, comme script et monteuse.

C'est en 1967 qu'elle trouve son nom d'artiste, VALIE EXPORT, et produit ses premiers films et performances, Expanded Cinema.

En 1968 elle obtient plusieurs prix, dont celui du meilleur film politique, à Vienne.

Son premier travail vidéo, Split Reality, est présenté à Londres en 1970.

En 1972 elle signe le Women's Art Manifest.

En 1975 elle conçoit et organise à Vienne l'exposition Magna. Feminismus : Kunst und Kreativität.

Elle participe à la Dokumenta à Kassel en 1977.

En 1978, elle présente un film sur l'art à la Biennale de Venise : Unsichtbare Gegner.

En 1980, elle représente l'Autriche à cette même Biennale.

En 1985 elle est nominée pour les Ours d'or au Festival du Film de Berlin pour son film Die Praxis der Liebe.

Elle réalise ses premières photographies numériques en 1989.

1991-1995 : elle est professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Berlin.

Depuis 1995 elle enseigne à Cologne dans le domaine des multimedia et des performances.

En 2000 le Prix Kokoschka lui a été attribué à Vienne.

VALIE EXPORT a présenté ses œuvres dans de nombreuses expositions particulières ou collectives organisées dans le monde.

Parmi expositions particulières les plus récentes, on peut citer :

· Metanoia oder eine andere Sicht der Dinge à Innsbruck (2000) · Der Schrei à Hambourg (2001) · Der transparente Raum à Vienne (2001) · ConStruction à Santa Monica en Californie (2001) · VALIE EXPORT, à New York, Vienne et Linz (2002) · Mediale Anagramme, à l'Académie des Beaux-Arts de Berlin (2003)

Extraits d'un texte de Giovanna Zapperi, publié dans le journal du Cnp n°20, septembre 03

« Image de la femme et culture de masse : En 1967, Waltraud Lehner Hollinger devient VALIE EXPORT, nom qu'elle se donne pour se libérer de son identité de femme mariée. Ce nom est à la fois son logo et représente une sorte de mythe d'auto-fondation en tant qu'artiste. Le changement d'identité, illustré par un de ses premiers travaux, SmartExport (1967), propose une étonnante association entre l'image de l'artiste et un produit de consommation. Dans cette photographie, elle pose devant l'objectif, une cigarette à la bouche, montrant un paquet avec le label VALIE EXPORT à son effigie portant la devise " toujours et partout ". Elle associe " Valie ", abréviation de son prénom Waltraud, avec Export, tiré d'une marque de cigarettes autrichiennes " Austria Export " qui fait également l'objet de cet autoportrait. Sa pose s'inspire des stéréotypes issus du langage visuel de la publicité, qui associe notamment l'image de la femme avec la marchandise. SmartExport évoque l'association que fait Marcel Duchamp en 1921 entre son alter ego Rrose Sélavy et le parfum Belle Haleine. Eau de Voilette. L'air de défi, la pose construite et agressive redéfinissent le cliché publicitaire sous les signes de l'excès et de l'ambivalence. L'imitation et la parodie des clichés féminins dans la culture de masse sont aussi le point de départ de la série de photographies Identitätstransfer (1968-1972). Dans cette série, VALIE EXPORT se met en scène en s'appropriant l'ambivalence sexuelle inspirée des clichés de la mode des années soixante et soixante-dix. Ce travail, qui devance de manière étonnante les Untitled Film Stills de Cindy Sherman, s'inspire des poses et des attitudes féminines issues de la presse, de la mode et du cinéma. Pour VALIE EXPORT, la construction de la féminité par les médias signale un dispositif de la domination masculine sur les femmes, question qu'elle aborde de manière explicite dans Body Sign Action en 1970. Dans cette action, elle se fait tatouer un porte-jarretelles sur la jambe, et dénonce ainsi ce qu'elle appelle " le signe d'un esclavage passé ". En tant qu'ornement du corps, le tatouage inscrit la femme dans le domaine du décoratif. Le motif qu'elle a choisi évoque l'idée du corps féminin fétichisé, et suggère ainsi son enfermement dans la sphère de l'érotisme. (…)

Le corps dans l'espace : Dès ses débuts, VALIE EXPORT situe de nombreuses performances dans l'espace public. Elle s'adresse ainsi à un auditoire non averti, surpris par l'agressivité de ses actions. Dans Aus der Mappe der Hundigkeit (1968), elle se promène dans le centre de Vienne suivie de l'artiste Peter Weibel, tenu en laisse et marchant à quatre pattes derrière elle. Cette action, documentée par un film et une série de photographies, est une provocation qui rend visible, par son renversement, l' " animalité " des relations de pouvoir entre les sexes. Dans les années 1970, la composante agressive semble s'atténuer en faveur d'une recherche sur la relation du corps féminin de l'artiste à l'espace public. Elle réalise une série de photographies appelée Körperkonfigurationen (1972-1982), dans laquelle son corps entre en relation avec un élément architectural, en s'intégrant au paysage urbain dépourvu de présence humaine. Ces images déclinent des manières d'appréhender l'espace qui mettent en exergue la perception spatiale inscrite dans le corps. Elle tente ainsi d'établir un lien entre l'expérience corporelle et la géométrie inhérente à l'architecture. (…)

Le travail pionnier de VALIE EXPORT est essentiel pour une génération d'artistes - hommes et femmes - qui, depuis les années quatre-vingt, s'est intéressée à la représentation du corps et de l'identité. Elle a été l'une des premières artistes à interroger la complexité des relations entre la subjectivité, la construction du genre et le système médiatique, en montrant que l'identité est inscrite dans l'ensemble de ces relations. »

Dans le cadre de l'exposition VALIE EXPORT

Conférences

- Mercredi 24 septembre à 19h30 Table ronde autour de l'œuvre de VALIE EXPORT. Avec Caroline Bourgeois, commissaire de l'exposition VALIE EXPORT, Régis Durand, Directeur du Cnp, Elisabeth Lebovici, critique d'art.

- Mercredi 29 octobre à 19h30 Conférence de Yann Beauvais, cinéaste et critique, sur le thème : « Espace mental. Projection politique. Années 70 de VALIE EXPORT à ... »

- Mercredi 26 novembre à 19h30 Elvan Zabunyan, historienne de l'art « VALIE EXPORT : une figure phare de l'histoire de l'art féministe »

Entrée libre, dans la limite des places disponibles. Renseignements au 01 53 76 86 69

Projections

- Une projection de l'œuvre de VALIE EXPORT, intitulée Valie, Martha et…, est prévue le 28 octobre à 20h00, au Centre Wallonie Bruxelles à Paris (renseignements au 01 46 59 01 53).

- Les longs métrages de VALIE EXPORT seront présentés au Mk2 à l'automne (renseignements au 01 44 67 30 00 ou sur le site internet : http://www.mk2.com)

Calendrier des expositions de septembre 2003 à juin 2004 au Centre national de la photographie, Hôtel Salomon de Rothschild

VALIE EXPORT du vendredi 12 septembre au dimanche 21 décembre 2003 inclus. Vernissage le jeudi 11 septembre.

L'Atelier / Christelle Familiari « Projection… chut ». du 12 septembre au 13 octobre. Vernissage le jeudi 11 septembre.

L'Atelier / Philippe Durand « Savoie éternelle ». du mercredi 22 octobre au dimanche 30 novembre. Vernissage le mardi 21 octobre.

Philip-Lorca diCorcia du mercredi 14 janvier au lundi 22 mars 2004. Vernissage le mardi 13 janvier.

L'Atelier / Hugues Reip, en coproduction avec le Printemps de septembre, du mercredi 14 janvier au lundi 16 février. Vernissage le mardi 13 janvier.

L'Atelier / Omer Fast, du mercredi 25 février au lundi 22 mars 2004. Vernissage le mardi 24 février.

Orlan du mercredi 7 avril au lundi 28 juin 2004. Vernissage le mardi 6 avril.

Informations pratiques / Centre national de la photographie

Centre national de la photographie Hôtel Salomon de Rothschild 11 rue Berryer 75008 Paris Tél. informations enregistrées : 01 53 76 12 31 Standard : 01 53 76 12 32 Fax : 01 53 76 12 33

Expositions Les expositions sont ouvertes tous les jours, sauf le mardi, de 12h à 19h. Nocturne tous les lundis jusqu'à 21h. Entrée gratuite de 19h à 21h Prix du billet : Plein tarif : 4,60 euros Tarif réduit : 2,30 euros La librairie du Centre Ouverte tous les jours, sauf le mardi, de 12h à 19h. Le café du Centre Du lundi au vendredi Restauration de 12h à 15h. Salon de Thé de 15h à 18h (sauf le mardi) Le week-end : salon de thé de 12h à 18h. Tél. réservations : 01 42 56 22 48 Accès par la rue Berryer ou par le jardin, rue Balzac Accès Métros : George V, Ternes, Charles de Gaulle-étoile Bus : 22, 43, 52, 83, 93


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