Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, 11 000 Cordes (11 000 Saiten) se déploie comme une fresque sonore monumentale sous la signature du compositeur autrichien Georg Friedrich Haas.
Scénographie saisissante : cinquante pianos droits dessinent un vaste cercle au cœur duquel prend place le public, tandis que vingt-cinq musiciennes et musiciens s'y adossent pour faire corps avec leurs instruments. L’espace tout entier devient alors un gigantesque instrument acoustique vibrant.
Cette œuvre singulière trouve son origine dans une visite de Peter Paul Kainrath, intendant du Klangforum Wien, au sein de la manufacture de pianos Hailun à Ningbo, en Chine. Interpellé par le concert mécanique de dizaines d'instruments testés en continu par des automates, il en partage le souvenir avec Georg Friedrich Haas. Captivé par la démesure du propos, le compositeur s'empare immédiatement de l'idée.
Chaque piano étant accordé un cinquantième de demi-ton plus haut que le précédent, cet écart infime engendre une aura de micro-intervalles. L’individualité des cinquante instruments s'y dissout pour fondre l'ensemble en un unique et immense corps sonore.
Entre arpèges éthérés, grondements magmatiques et résonances telluriques, le public n'assiste pas seulement à une performance : il vit l'expérience sensorielle d'un champ d'énergies en perpétuelle métamorphose, à l'image des forces brutes de la nature.
Georg Friedrich Haas
Né en 1953 à Graz, Georg Friedrich Haas est une figure majeure de la création musicale contemporaine. Après avoir enseigné aux académies de Graz et de Bâle, il occupe depuis 2013 la chaire de composition à l’Université Columbia de New York. Son esthétique, saluée dans le monde entier, s'épanouit à la croisée de la grande tradition européenne et de l’esprit d’avant-garde américain — irriguée par des figures tutélaires telles que Charles Ives, Harry Partch, John Cage, Giacinto Scelsi ou Ivan Wyschnegradsky.
Auteur d'un catalogue impressionnant réunissant pièces orchestrales, concertos, huit opéras et onze quatuors à cordes, Haas défend la vision d'une musique nouvelle où la quête d'innovation demeure indissociable de la beauté et de l'expressivité. Une démarche consacrée en 2017 par le magazine Classic Voice, dont le sondage auprès de cent experts internationaux a désigné son travail comme le plus marquant de la musique savante du XXe siècle.