Newsletter / Programme papier

Toulouse

17.02.21 > 17.03.21

Yein Lee

Rejuvenate Body Order Now

Si la prothèse est traditionnellement conçue pour remplacer artificiellement un membre manquant, les parties du corps détachables des sculptures de Yein Lee jouent avec la possibilité de modifier, rajeunir et améliorer son propre corps grâce à des extensions biotechnologiques. Encapsulées dans des membranes plastiques ovoïdes – comme s’il s’agissait d’organes encore en croissance ou de marchandises enveloppées de cellophane –, ces prothèses en noir métallique peuvent être commandées au kiosque et montées sur le corps. Elles deviennent ainsi les figurations d’une conception changeante du corps humain comme un système perméable et ouvert, où les limites du corps biologique sont poussées par l’augmentation prothétique.

Les parties du corps exposées sont des assemblages d’éléments hétérogènes : des omoplates, des vertèbres et des os de bras imprimés en 3D fusionnent avec des câbles, des déchets plastiques et des appareils technologiques obsolètes. Les fils et câbles lâchement suspendus ne demandent qu’à être connectés à des veines et des nerfs organiques. Comme le topos d’une science-fiction déjà amorcée, où réparation et amélioration de soi ne relèveraient plus du domaine médical mais seraient plutôt une affaire d’ingénierie mécanique. Il ne s’agit pourtant pas uniquement d’améliorer ou de dépasser les capacités fonctionnelles du corps : le piercing en argent sur l’os de la hanche ainsi que le bras sans main – qui ressemble à une arme cyberpunk – flirtent avec l’idée de la prothèse comme ornement ou accessoire.

Néanmoins, la promesse émancipatrice de l’auto-transformation en cyborg est en conflit avec le scénario dystopique dans lequel les prothèses sont transformées en marchandise. Rappelant les spams reçus par e-mail, la formulation à la fois étrange, suspecte et racoleuse du titre de l’exposition – Rejuvenate Body Order Now (littéralement « Régénérez corps commandez maintenant ») – imite les impératifs des industries d’optimisation de soi. En jouant sur notre peur de ne jamais être assez bien ou de vieillir (et, en fin de compte, de mourir), elles nous poussent à consommer. Lee explore comment le corps biotechnologique est enchevêtré dans une logique néolibérale, où il faudrait payer pour nos corps afin de gérer et d’améliorer notre capital humain. Au lieu de nous libérer des catégories contraignantes, le rêve de l’augmentation permise par la biotechnologie a été pris dans un réseau poisseux d’intérêts du marché qui place le sujet posthumain dans le rôle d’un consommateur.

Yein Lee (née en 1988, Séoul) vit et travaille à Vienne. Après des études d’arts plastiques à Séoul, elle poursuit sa formation en peinture et sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne. Son travail a récemment été présenté entre autres dans des expositions collectives à Paris, Berlin, Vienne, Munich et Istanbul.

À savoir

Visite de l’exposition sur rendez-vous : 06 35 18 88 79 – https://www.instagram.com/p/CLMzBA6Fvy_/

Infos pratiques

17.02.21 > 17.03.21

Le Box

13 Rue François Longaud, 31400 Toulouse, France

Site : https://www.facebook.com/Le...